Accueil
L'Alignement
Prologue
Chapitre 1
Sans issue
Méandres
Les autres

L'Alignement

 


Jérôme se pencha au-dessus du balcon. Dans la rue, un étage plus bas, une limousine noire aux vitres teintées venait de se ranger le long du trottoir. Trois hommes jeunes en sortirent. L’un des hommes leva la tête vers Jérôme et lui fit un signe de la main. Jérôme regarda les hommes disparaître dans l’entrée de l’immeuble. Il rentra dans l’appartement et se dirigea vers une machine à café posé sur un bar puis prit des tasses et les déposa sur une table. Les hommes entrèrent et prirent place autour de la table. Jérôme servit le café puis se retira et entra dans une salle de bain. Il vit sa main tourner le robinet de la douche. L’eau chaude se mit à couler en émettant un léger voile de vapeur. Il se retourna et se dirigea vers le miroir de la salle de bain. Dans la glace il y avait le visage d’une jeune femme. Elle ébouriffa sa chevelure blonde, se caressa les seins et se fit un sourire.

Jérôme Ansemme se réveilla en sursaut ; son corps nu était trempé de sueur. Machinalement il porta les mains sur sa poitrine ; il n’y avait pas de seins. Il alluma la lampe de chevet et regarda l’heure : quatre heures du matin. Le studio était silencieux ; il faisait très chaud malgré la fenêtre ouverte ; cette journée d’août serait agréable. Complètement décontenancé par son rêve, il se leva et se dirigea vers la salle de bain. Le miroir lui renvoya l’image d’un homme d’une trentaine d’années aux traits réguliers. Une chevelure brune coupée court surmontait un regard déterminé. Machinalement il se passa les doigts dans ses cheveux ébouriffés ; qu’est-ce que cela voulait dire ? Il n’avait pas l’impression d’avoir fait un rêve mais plutôt d’avoir vécu une scène.
Après la douche il se versa un jus d’orange tout en repensant à la séquence qu’il venait de vivre. Cette longue limousine noire, la façon dont ces hommes en costumes étaient descendus de la voiture, l’atmosphère qu’il avait ressentie. Curieusement cela faisait penser à la maffia ; était-ce une vie antérieure ?
Jérôme croyait à la réincarnation ; c’était dans l’air du temps et beaucoup de livres en parlaient. Jusqu’alors il n’avait jamais envisagé que l’on puisse changer de sexe ; mais pourquoi pas. Et puis cela aurait pu expliquer toutes les curiosités de cette société ; des hommes ou des femmes n’aimant pas le sexe de leur corps ou voulant se faire opérer pour en changer.
Résurgences d’une ancienne vie ? Des gens ayant aimés l’ancien sexe et ne supportant pas le nouveau ? Pour­quoi pas. Quant à lui il s’en foutait. Il aimait l’image de la femme mais pas tellement sa mentalité. Toutes celles qu’il avait côtoyées ne lui avaient amené que des problèmes. À commencer par Yolande, la dernière en date avec qui il venait de se fâcher pour la énième fois. Il ne se rappelait même plus la raison. Aucune importance, il était bien décidé à partir avec un groupe d’amis sans se préoccuper d’elle.
Il prit une douche puis déjeuna tranquillement tout en regardant une série de portraits punaisés sur un des murs. Le studio d’une trentaine de mètres carrés avait été transformé en atelier graphique ; un plateau de travail d’un côté, un canapé lit de l’autre, une kitchenette à côté de la fenêtre, un tabouret pour déjeuner. Il prenait les autres repas en dehors. Le tout baignant dans une ambiance spartiate. Pour se détendre Jérôme aimait dessiner ; il avait même envisagé à une époque d’en faire son métier. Problème : trop de cons à fréquenter. Le peu de temps passé dans ce milieu l’avait dissuadé d’y mettre les pieds ; il s’était donc tourné vers la sécurité indus­trielle. Pour rester indépendant il vendait ses services à une société d’intérim ce qui lui permettait de travailler suivant ses envies et d’avoir pas mal de temps libre.
Après avoir déjeuné il enfila un jean et une chemise d’été puis ouvrit les volets pour observer sa rue. Dans l’aube naissante la rue de la grande fontaine, où se situait son studio au premier étage, semblait tranquille. C’était la bonne heure pour s’extraire de la région parisienne. Jérôme referma volets et fenêtres et se mit en devoir de préparer ses affaires qui tiendraient dans deux sacs à dos.

 

 


Arrivé en haut de la dune Jérôme essuya machinalement
son front couvert de sueur. Il n’acheva pas son geste. Devant lui, un femme vêtue d’une étonnante combinaison collante blanche, un genoux au sol, faisait glisser un peu de sable entre ses doigts. L’inconnue qui avait perçue la présence de l’homme releva un visage encadré  d’une longue chevelure blonde et le fixa dans les yeux. Un frisson parcourut le corps de Jérôme.
Il connaissait cette femme.