Méandres
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Chapitre 3


 

La troupe de brigands avançait joyeusement dans la chaleur de cet après-midi d’été. Quelques heures plus tôt ils avaient rançonné une caravane de marchands et cela les mettaient de bonne humeur. Caracolant à côté de celui qui semblait commander un homme gras buvait du vin en triturant la panse d’une outre rebondie. Claquant la langue il la raccrocha au pommeau de la selle :

— Ça fait du bien ! grasseya-t-il en ricanant. La gueule de ce marchand quand nous avons violé sa femme.

Aussitôt des propos obscènes fusèrent de partout.

— Je revois encore ses yeux quand tu l’as égorgée ! reprit la masse de graisse qui semblait revivre la scène. Il ne s’attendait pas à ça !
— Il pensait peut-être qu’après l’avoir chevauchée on lui laisserait la vie, ricana un autre derrière eux.

D’un coup de talon il poussa sa monture en avant et vint se placer de l’autre côté du chef de la bande.

— Dommage quand même, c’était un beau morceau. Nous aurions pu la garder un peu plus longtemps avec nous !
— Pas question de nous encombrer, grogna le meneur avec mécontentement. Des femmes, nous aurons l’occasion d’en revoir. Et peut-être des plus belles.

La masse de graisse que tout le monde appelait gros bide eut un rictus.

— De toute façon, de l’autre côté du désert il y a…

S’arrêtant net de parler il tira sur les rennes pour stopper sa monture. Débouchant d’un îlot d’arbres rabougris une cavalière s’avançait tranquillement dans leur direction. Les pillards, souffle coupé, vinrent se grouper autour de leur chef.

— Vous parliez de beauté, fit d’une voix rauque le tas de graisse. Que pensez-vous de ça ?

Aussitôt des propos graveleux fusèrent de tous côtés. Les brigands s’excitaient mutuellement à grands coups de propos obscènes. Buste droit faisant ressortir sa magnifique poitrine Armella continuait à avancer tranquillement. Quand elle fut à portée de voix elle fit pivoter sa monture sur le côté laissant apparaître aux regards avides des brigands une magnifique jambe découverte jusqu'à la l’entrecuisse. Même à cette distance on devinait qu’elle ne portait rien sous sa minijupe. Aussitôt un hurlement de mâles excités monta dans la plaine de terre ocre. Saisissant son arc, Armella plaça une flèche qu’elle pointa vers le sol.

— Alors ma belle, hurla le meneur. Que fais-tu par ici ?
— Elle doit être en manque de caresses, vociféra quelqu’un. Ne t’inquiète pas ma beauté, nous sommes justement une vingtaine de gaillards réputés pour leur savoir faire. Tu vas être servie !

Des rires saluèrent la remarque.

— Je l’espère bien ! lança Armella dont les yeux brûlaient de plaisir derrière son visage maculé de peinture rouge. Je chasse le porc puant et bien gras. La chance me les amène justement devant moi.
— Qu’est-ce que tu entends par là, ma belle ? fit le meneur toujours hilare.
— Qu’il y a devant moi une vingtaine de porc crasseux à qui je vais faire mordre la poussière dans très peu de temps !
— Putasse ! grogna le meneur brusquement agacé par les propos. Tu viens de signer ton arrêt de mort. Nous allons te prendre par tous les bouts et te faire crever à petits feux. Mais peut-être qu’elle aime ça ? ajouta-t-il en faisant un signe de tête.

Aussitôt deux hommes poussèrent leurs montures en roulant des épaules vers la cavalière.

— Attention de ne pas te blesser avec ton jouet, lança à son tour le tas de graisse. Fais-nous confiance, on sait mieux faire.

D’un geste rapide Armella releva son arc, tendit la corde et décocha. Le trait traversa le crane du brigand le plus proche. Désarçonné sous le choc, il s’écroula dans la poussière sous le regard stupéfait des autres. Poussant un cri de plaisir Armella fit volte-face et partit au galop.


—   Je la veux vivante ! hurla le meneur en lançant son cheval derrière la fugitive. Vivante !

Avec des hurlements féroces les pillards lancèrent leurs montures dans un train d’enfer sans s’occuper du cadavre de leur complice. Devant eux Armella avançait en zigzaguant soulevant par endroit des nuages de poussières qui la faisait disparaître par instant. Le martèlement des sabots, les vociférations de ses poursuivants, le frottement de ses cuisses sur la selle semblait lui procurer un intense plaisir ; son ventre brûlait de jouissance.
Un peu plus en avant de la poursuite, les compagnes d’Armella, l’arc tendu, attendaient sur leur monture à l’opposé d’un petit monticule de terre rouge. Elles perçurent d’abord les vociférations d’une meute puis un nuage de poussière arrivant dans leur direction. Un frisson de plaisir parcourut leurs corps en sueur. Katina souriante leva son arc devant elle aussitôt imitée par les autres.
Armella passa en trombe à une dizaine de mètre à l’est du monticule. Elle aperçut ses compagnes et continua sur sa lancée. Presque aussitôt les brigands débouchèrent à portée de flèche. Katina décocha la première.

— Mieux qu’au stand, souffla-t-elle en reprenant une flèche.


Dix cavaliers mordirent la poussière dans des hurlements de douleurs. Comprenant que c’était un piège le reste du groupe partit dans tous les sens dans une panique générale. Certains firent demi-tour, d’autres partirent sur les côtés, d’autres encore continuèrent sur leur élan. Aussitôt les cavalières se lancèrent dans une poursuite jubilatoire. Enfin, elles allaient tuer du barbare.
Gros bide avait fait demi-tour. Sans regarder en arrière il fonçait droit devant soulevant un nuage de poussière qui le faisait disparaître au yeux de sa poursuivante. Couchée sur sa monture Katina cravachait la croupe de son cheval pour rattraper sa proie. Quand elle ne fut plus qu’à quelques mètres elle serra les genoux pour se souder à l’animal et décocha un trait en se penchant légèrement sur le côté. La flèche se planta dans l’épaule de gros bide  qui poussa un hurlement de douleur. Apercevant sa poursuivante il laboura de plus belle les flancs de l’animal. Katina excitée hurlait des propos orduriers à s’en casser les cordes vocales. Appuyant son ventre sur le pommeau de la selle elle décocha une autre flèche qui transperça l’outre de vin du pillard. L’homme essaya de se débarrasser de sa poursuivante en lançant délibérément sa monture dans un îlot d’arbuste qu’il aperçut sur sa droite. Laissant faire son cheval Katina s’appliqua à ne plus penser qu’à cette cible mouvante zigzaguant au bout de sa flèche. Totalement concentrée sur sa chasse elle ne sentit même pas les branches d’arbres la cingler au passage. Une seule pensée l’envoûtait : tuer ce porc. Les deux cavaliers sortirent de l’îlot d’arbustes pratiquement en même temps. Bloquant sa respiration Katina décocha sa flèche. Le trait se planta dans le dos de l’homme qui se redressa sous la douleur. Sa monture fit un écart le déséquilibrant et l’envoyant rouler dans la poussière. Sans stopper son cheval Katina sauta à terre et dégaina son poignard ; elle exultait.
L’homme n’était pas encore mort. Face contre terre il râlait de douleur. En roulant sur lui-même la flèche s’était encore plus enfoncée dans son dos. Gros bide dégagea sa bouche de la terre ocre pour mieux respirer. Tout était redevenu silencieux. Dans un angle de sa vision il aperçut son cheval arrêté à quelques mètres et qui le regardait. Il se demanda où était sa poursuivante quand un caillou roula près de lui. S’arc-boutant de toutes ses forces il se mit sur le côté. Une douleur violente lui déchira le dos. Il émit un gémissement de détresse avant d’apercevoir au-dessus de lui deux magnifiques jambes puis plus haut un regard de feu dans un visage peint en rouge.

— Qu’est-ce que tu veux ? hoqueta-t-il.

Un filet de sang s’écoula de sa bouche. Katina se pencha sur l’homme et promena la lame de son poignard sur sa joue.

— J’aime sentir la mort, chien de merde. C’est beaucoup plus jouissif que ta virgule entre les jambes.
— Je suis foutu ! fit l’autre avec effroi. Laisse moi crever seul. Pourquoi m’achever ?
— Pour le plaisir, salopard ! fit Katina en lui tapotant la joue. Uniquement pour le plaisir.

D’un geste sec elle lui trancha la gorge. Elle se redressa brutalement et poussa un hurlement de satisfaction face à la plaine. Puis totalement calmée, essuya son poignard sur le tissu crasseux du brigand et se redressa. Le paysage était magnifique à cette heure de la journée. La chaleur écrasait l’air et plus aucun bruit ne venait troubler la tranquillité de l’instant. Katina pensa qu’un monde sans homme serait vraiment formidable. Elle récupéra tous les traits pour ne laisser aucune trace puis d’un mouvement souple sauta sur sa monture  et partit au galop.